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Notre famille a été confrontée à la question du don d'organes au moment du décès de ma mère. Heureusement, nous avions déjà parlé de la question avant, ce qui nous a aidé à prendre notre décision.
J'espère que mon témoignage sera utile (ci-dessous).
« C'était il y a 7 ans, au décès de notre mère.
Elle avait été victime d'une hémorragie méningée à l'annonce du décès de notre père. Après quelques jours de coma, elle semblait remonter la pente, mais était surveillée par les médecins comme le lait sur le feu : pendant une quinzaine de jours après une première hémorragie, le diagnostic restait réservé. Malheureusement, moins de deux semaines après la première, notre mère a subi une deuxième hémorragie méningée à laquelle elle ne devait pas survivre. Elle décèdera au bout de huit jours de coma.
Pendant ces huit jours, et suite aux divers entretiens privés avec les médecins réanimateurs, nous nous sommes posé la question, mon frère, ma soeur et moi : "et si on nous demande pour le don d'organes, qu'est-ce qu'on fait ?". Nous pensions peu probable que l'on nous pose la question pour les organes de notre mère, âgée de 60 ans. Mais puisque nous étions dans le service de réanimation de neurochirurgie sur les murs duquel étaient épinglées plusieurs affiches d'information, nous étions donc conduits à réfléchir sur le sujet. Et naturellement, la réponse était : "Si on nous demande, il faut dire oui". Il faut préciser que plusieurs fois au cours de sa vie, en plaisantant, notre mère avait dit : "Quand je mourrai, je veux qu'on m'enlève mon coeur, pour ne pas être enterrée vivante !" Outre cette boutade, elle s'était à plusieurs reprises prononcée pour le don d'organes.
Le 4 juin au matin, j'ai été contactée par le médecin réanimateur qui suivait ma mère : elle était décédée. Elle avait subi deux électroencéphalogrammes qui s'étaient révélés plats, la mort cérébrale était prononcée. Elle avait l'apparence de la vie, uniquement maintenue par les appareils d'assistance respiratoire. Il voulait notre accord pour le prélèvement d'organes.
Nous avons pu voir notre mère en début d'après-midi ... elle était comme les jours précédents. Nous avons pu lui dire au revoir. Le corps devait partir au bloc opératoire à 15 heures. A partir de ce moment là, nous avons été assistés par une infirmière coordinatrice (une jeune femme sensible et très à l'écoute des enfants un peu paumés que nous étions).
Après le prélèvement, elle nous a informés que le coeur, le foie, un rein, les cornées avaient été prélevées, et que le corps de notre mère avait été transféré au centre funéraire où nous pourrions la voir dès le lendemain.
Mon frère, ma soeur et moi redoutions cette visite. Dans quel état allions nous retrouver notre mère ?
Mon frère est entré le premier dans le petit salon. Il a crié, fait un pas en arrière. Ma soeur et moi nous attendions au pire. Et si elle était méconnaissable ? Et si elle avait été abîmée par les prélèvements ?
En fait, ce qui a choqué notre frère, c'est que notre mère était belle comme elle ne l'avait plus été depuis longtemps. Le masque de souffrance qu'elle avait arboré durant toute l'agonie de notre père s'était envolé. On aurait dit une poupée de porcelaine. Qu'elle était belle et paraissait si jeune !
Les médecins avaient fait très attention à restituer à ses enfants un corps présentable, et les thanatopracteurs du centre funéraire avaient fait un travail remarquable.
Si vous avez un doute aujourd'hui, je peux vous dire de ne pas avoir peur : le corps de la personne vous sera restitué tel que vous l'aimiez, même si les organes vitaux ont été prélevés.
Une dizaine de jours après le décès de notre mère, j'ai été appelée par l'infirmière coordinatrice qui nous avait si humainement assistés dans notre démarche. Le coeur de notre mère battait dans la poitrine d'une femme de 63 ans, son foie avait été greffé à un homme d'une quarantaine d'années. Nous n'avions pas de détails pour les cornées et le rein. Quant aux vaisseaux, ils avaient été mis en culture et serviraient pour des interventions chirurgicales futures.
Notre mère n'était pas morte pour rien, et même si les receveurs n'ont pas survécu, il nous est bon de savoir que plusieurs familles ont eu un jour de l'espoir grâce à elle. »
Catherine
Témoignage du 22 juin 2006
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