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 | Trois questions à Daniel Suzanne, docteur en psychologie clinique et auteur d’une thèse sur le travail de la greffe. |
Vous avez travaillé auprès d’enfants et d’adolescents en attente de greffe pulmonaire. Comment réagissent-ils ?
Daniel Suzanne : « Chez les plus jeunes, c’est assez simple, ils sont entraînés par leurs parents. Ce qui ne veut pas dire que nous n’en parlons pas avec eux. En revanche, lorsque nous annonçons à des adolescents qu’ils vont devoir être transplantés, leur première réaction est le refus. Cette idée de greffe les renvoie directement à l’idée qu’ils sont mortels et ils ne peuvent pas l’accepter. Cette phase là est assez longue, jusqu’à six mois, un an. Il faut alors prendre le temps de les écouter, de les accompagner vers ce travail de greffe. On ne peut pas les forcer. »
Quelle est l’attitude des parents face à ce refus ?
Daniel Suzanne : « Ils ne comprennent pas que leur enfant refuse d’être inscrit sur une liste d’attente. Ils se sont informés, ils savent que la greffe est une nouvelle chance. Et si en voulant protéger l’enfant, ils l’ont tenu à l’écart, il est normal quelque part que l’adolescent soit dans une position de refus. De même, les équipes médicales sont des actifs, ils veulent faire le plus vite possible. Or le temps psychique n’est pas le même que le temps médical. C’est pourquoi, il est essentiel notamment dans le cas d’une mucoviscidose de toujours informer l’enfant, de le préparer à une possible transplantation dès le plus jeune âge. »
Une fois qu’ils ont accepté la greffe, comment envisagent-ils le greffon ?
Daniel Suzanne : « Chez les adolescents, il y a une banalisation du greffon et du donneur. Tant qu’ils ne sont pas encore greffés, il n’y a pas de culpabilité. Ils acceptent très bien l’idée que quelqu’un doit mourir pour qu’ils puissent vivre. En revanche, lorsqu’il s’agit de transplantation cardiaque, c’est plus compliqué, c’est l’organe de l’affectif. Il y a quelque chose de l’autre qui vit à l’intérieur d’eux-mêmes. »
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