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Mon mari est greffé du cœur depuis dix-huit ans. Je m’en souviens très bien, c’est un 15 décembre que nous l’avons appris. Pour moi, c’était l’inconnu et surtout le mot transplantation ne me permettait pas d’espérer. C’était la mort au bout. D’ailleurs, il m’avait demandé de réserver trois places – un petit cousin, lui et moi – pour un match de football de Coupe d’Europe des Girondins de Bordeaux, mais moi je n’ai pris que deux places. Soit au pire, il ne serait plus là, soit il serait encore à l’hôpital. Finalement, c’est moi qui n’y suis pas allée, je n’avais pas de place !
L’attente du greffon n’a pas été très longue, cela a même été très rapide. Le 9 janvier, il a été greffé. Au départ, je ne me suis pas posée de questions pour savoir s’il allait changer parce qu’il avait le cœur de quelque d’autre. Mais il y a eu des changements quand même, cela a modifié sa façon de voir les choses, il a d’autres priorités. Et puis on le taquine de temps en temps. Il a toujours été très gentil mais maintenant on lui dit parfois que c’est parce qu’il a un cœur de femme !
Pour moi, il y a eu des changements aussi. Depuis dix-huit ans, j’ai toujours une épée de Damoclès au dessus de la tête. Dès qu’il a quelque chose, je m’inquiète et je le surprotège. C’est comme pour son traitement, au début c’était une véritable obsession et puis c’est devenu une habitude. En fait, je crois surtout que je suis d’un naturel anxieux. Après tout, on a une vie normale, on a fait des projets et on en a encore.
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